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 Rencontre crépusculaire - PV Haji

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Sybile
Maudite
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Date d'inscription : 05/07/2018

MessageSujet: Rencontre crépusculaire - PV Haji   Jeu 2 Aoû - 8:28

Le jour commençait à embrasser la nuit, mélangeant les couleurs du ciel, dévorant le bleu du ciel pour laisser place à celui qui régnerait en maître une fois le soleil envolé. C'était le moment de la journée que Sybile préférait. Celui, où, enfin, elle et Junna arrêtaient de voyager ou de travailler. La renarde avait levé le nez, humant l'air, pour s'assurer que l'endroit était paisible. Sa protégée ne craignait rien avec l'odeur d'une esprit sur elle, mais il y avait des forces qui savaient outre-passée cette interdiction. Et bien, souvent, c'était la concernée elle-même qui se mettait en danger. Son besoin de connaissance pour assouvir ses pulsions de curiosité n'était pas réellement compatible avec la survie, surtout à l'orée de la Forêt Centrale.

Le duo voyageait pour se rendre en Honshu, après une saison confortable mais mouvementé en Ingary. Depuis deux jours, elles marchaient dans la Lande, comme s'il s'agissait d'un labyrinthe. Les vivres commençaient à se faire maigres et ce n'était sans doute pas la première fois, ni la dernière que la faim leur mordrait le ventre. C'était une sensation familière et malheureusement, presque amie. Mais aujourd'hui, Sybile n'avait que faire des interdictions et mises en garde : lorsque Junna eut le dos tournée, elle s'aventura dans la forêt pour chasser. L'artiste lui avait malicieusement dérobé son arc avant de s’engouffrer dans le dédale végétal.

Jamais encore, elle s'y était autant aventurée. Il y avait eut des visites éclairs, des petites rencontres, mais elle s'était toujours faite rattraper puis réprimandée. Cette fois-ci était différente, alors, Sybile se détendit pour ne faire qu'un avec la végétation. Le pas souple, les sens en éveil, elle écoutait les bruits de la vie. A cette heure-ci, les lapins ne seraient pas encore de sortie, mais elle avait l'occasion de fureter un peu, pour trouver le meilleur endroit enfin d’embusquer un animal qu'elle espérait être fort dodu. Une fois une clairière sympathique trouvée – le genre où elle aurait voulu vivre si elle avait été un lapin, elle grimpa dans un arbre et attendit.
Mais la forêt devait sans doute être plus intelligente qu'elle, car, après quelques laborieuses minutes d'attente, aucune proie n'avait encore daignée montré le bout de son petit nez. Déçue, elle glissa lentement le long de l'écorce de l'arbre, récoltant quelques petites coupures, avant de se remettre en route. Le territoire était vaste, il y aurait bien de quoi manger un peu plus loin.

Les formes d'un lac se dessinèrent au loin, une aubaine. Car là, où il y avait de l'eau, il y avait de la vie. La jeune femme pressa le pas. Sa robe se mit à bruisser légèrement, comme des feuilles au vent. En arrivant dans la clairière, elle fut déçue de voir que l'étendue d'eau n'était guère plus qu'une mare un peu grande. Sybile avait eut l'espoir de croiser celui du maître des lieux... Depuis sa rencontre avec Junna, le monde des esprits et des dieux étaient une chose formidablement proche. Et, il y avait quelque part, dans son corps pourri par la vengeance, un espoir, ténu, mais présent, qu'un jour elle pourrait faire partie elle aussi de cette grande famille.
Soudainement, la jeune femme sentit une présence près d'elle. Elle se retourna vivement. Personne. Son cœur qui s'était mit à battre bien plus fort essaya de s'apaiser, en vain. Une étrange sensation lui parcourait l'échine, sans qu'elle puisse identifier la raison de ce frisson. Sybile soupira et plongea ses mains dans l'eau gelée avant de s'asperger le visage. Une mauvaise impression, rien de plus, se rassura-t-elle silencieusement. Son attention se reporta vers la canopée, épaisse. La lumière du crépuscule se frayait un faible chemin. Il serait peut-être plus raisonnable de rentrer.

Lentement, elle se releva et son regard croisa celui d'un petit Sylvain. D'abord surprise, elle émit un son aiguë en reculant. C'était la première fois qu'elle avait la chance d'en croiser un. Sa tête ronde claqua joyeusement tandis qu'il esquissait un sourire énigmatique.

« Salut, toi... Tu es terriblement mignon ! » déclara-t-elle en avançant la main vers la forme éthérée, qui, elle en était sûre, se mit à rougir avant de disparaître aussi rapidement qu'il était venu.

Un claquement attira son attention : un autre Sylvain était là. Sa tête en forme lunaire le distinguait clairement de son homologue. Sybile lui adressa un sourire chaleureux et, à son tour, il s'évapora doucement. Puis, il y eut un bruissement étrange, pareil à ceux qu'elle faisait. Elle se redressa vivement avant de regarder à gauche et à droite, s'il y avait un endroit où elle pourrait se cacher.
La jeune femme choisit de grimper dans un arbre. La forme indistincte d'un homme se forma entre les branches. Elle ne distingua pas s'il utilisa quelques verbes. Elle se pencha légèrement, écartant avec prudence les feuilles. Elle ne le vit pas, à son grand regret.

Sa botte trop grande, elle, rencontra sans doute sa route ou pire, son crâne, en glissant de son pied pendu dans l'air. Devait-elle descendre de son perchoir et s'excuser ? Mais... Ici, il y avait plus de chance qu'il soit une créature surnaturelle, les excuses bidons et les grands sourires ne fonctionneraient probablement pas. Sa gorge se serra et elle ferma les yeux, ne remarquant pas ici que plusieurs Sylvains avaient décidés de l'encourager à se montrer, ou juste faire un signe.
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Haji
Maudit
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MessageSujet: Re: Rencontre crépusculaire - PV Haji   Ven 3 Aoû - 12:55

Le vent s’est levé et à mesure que la voute céleste se parsème d’étoiles à l’éclat encore timide, Haji rejoint le couvert des arbres. Le nez en l’air, les cheveux ébouriffés par la brise, il inspire l’air nocturne à plein poumons, s’en gorge, à chaque inspiration, pour chasser la mélancolie qui, chaque soir, s’empare de lui.

Il s’est avancé loin aujourd’hui, hors de la forêt, plus loin qu’à ses habitudes. Et il aurait aimé pouvoir s’attarder, profiter encore un peu de la sauvagerie des landes, de la fraîcheur de l’air qu’aucun arbre ne vient endiguer, de ces herbes, presque coupantes sous ses pieds.

Un dernier regard vers le ciel, et il s’enfonce dans les bois, les sens aux aguets et la main droite serrée sur son arc. Peut-être trouvera-t-il une proie intéressante ce soir. L’air est si doux encore, et si quelques nuages se sont massés à l’horizon, l’orage n’éclatera pas ce soir. Haji le sait. Il le sent. Les murmures constants de la forêt l’étreignent, l’enveloppent, comme pour lui souhaiter bon retour. Et, petit à petit, il sent sa tristesse s’évanouir, chassée par l’habitude, par la certitude de l’immuable. Il est ici chez lui.

Lentement, il se dirige vers un petit lac de sa connaissance, pensant y repérer quelques traces intéressantes. Une multitude d’animaux profitent de la sécurité de la clairière pour faire une halte. Haji n’approche les grands herbivores que pour glisser les doigts dans leur fourrure et leur conter ses songes, mais il a fait des plus petits gibiers ses proies occasionnelles, afin d’ajouter une touche carnée à un régime trop pauvre.

Il craignait au début que la forêt ne lui en veuille, que certains dieux le prennent en grippe, le chassent, le vouant ainsi à une mort certaine. Mais ce ne fut pas le cas, jamais il ne fut puni de ses légers tributs.

Il fait le tour de l’étendue d’eau, attentif, surpris de ne trouver là que de maigres empreintes. Seuls quelques sylvains ornent les lieux de leur blancheur diaphane. Il les salue de la tête, esquisse un vague sourire à leur intention avant qu’un léger bruissement n’attire son attention.

Il se raidit, le poing refermé sur son arme, prêt à décocher une flèche tout en scrutant les environs, sans succès. Quelques cercles troublent bien la surface de l’onde, mais rien d’autre ne semble déranger la paix des lieux.

Il se détourne du point d’eau pour se mettre à longer les arbres qui le bordent, cherchant au sol une piste susceptible de l’amener à son repas, jetant de temps à autre un coup d’œil aux sylvains.
Immobiles, ces derniers semblent le fixer. Haji presse le pas. Décidé à expédier le problème du repas avant que son apparence ne change, que le rôle qu’il s’est attribué ne prenne le pas sur ses besoins.

Il lui reste encore une heure, peut-être deux, avant que la lune ne se lève vraiment, que ses rayons n’appellent la métamorphose. C’est suffisant, juge-t-il, juste avant qu’un objet dur lui heurte un coin du crâne avant de retomber au sol avec un bruit mou. Il sursaute, bondit en arrière, une flèche déjà prête à être encochée, tout en levant les yeux vers l’arbre incriminé. Ce n’est pas un fruit.

Curieux et méfiant à la fois, il examine l’objet, qui s’avère être une chaussure, et revient fouiller le feuillage du regard. Il ne discerne rien, à part d’autres sylvains dont il devine les formes pâles. La frondaison est trop épaisse. Pourtant, il y’a forcément quelqu’un là-haut. Quelqu’un qui se cache. Peut-être un chasseur ? Un humain perdu qui n’a rien trouvé de mieux que de se piéger tout seul en haut d’un arbre ? Trop de créatures savent grimper, la forêt n’est pas sûre pour qui n’y est pas invité.

Avec un grommellement, Haji attrape la botte, l’examine sous toutes les coutures sans parvenir à en tirer grand-chose. Il la balance un peu plus loin, puis s’avance sous l’arbre, afin de héler son occupant invisible. Bien que la présence de sylvains et leurs cliquetis joyeux soit contradictoire avec la présence d’un danger direct, il ne peut continuer sa route avec un intrus dont il ignore les intentions dans les parages.

« Hey, là-haut. Tu comptes descendre ou il faut que je monte te chercher ? » Jette-t-il d’une voix peu aimable en continuant de fixer obstinément le rideau vert qu’il ne peut percer. Le contretemps l’ennui, mais pas autant que l’idée même d’un étranger perché au milieu de sa forêt.
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Sybile
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MessageSujet: Re: Rencontre crépusculaire - PV Haji   Jeu 9 Aoû - 9:09

Plusieurs jurons virent à l'esprit de Sybile afin de commenter la situation. Mais, la jeune femme savait que ce n'était pas avec des « flûtes, crottes et papillotes » que tout allait s'arranger. Surtout à cause de cette botte aussi voyageuse qu'elle. Tout ce que la mendiante espérait, c'est qu'elle n'avait pas dérangé quelqu'un sans humour ou sans pitié. Elle s'était fait rosser, la semaine dernière et n'était pas encore prête à renouveler l'expérience...
L'inconnu s'approcha. Il y avait en lui quelque chose d'étrange, comme s'il était en confiance : pourtant, tout le monde savait que les humains n'étaient pas réellement les bienvenus ici. Ses réflexions se trouvèrent interrompues lorsqu'il la héla. Il ne l'avait visiblement pas bien vue et c'était tant mieux. L'instinct de la jeune femme lui disait de fuir, le plus vite possible. Mais ses jambes étaient paralysées par la peur.

Au bout de quelques secondes de silence uniquement habité par les bruits des Sylvains, Sybile se décida. Aussi souple qu'un chat, elle glissa le long de la branche, puis du tronc. Elle tomba face à lui et avec toute la constance qu'elle possédait, se redressa. Leurs regards se croisèrent, se mélangèrent. Il avait beau faire une bonne vingtaine de centimètres de plus qu'elle, la jeune femme avait décidé qu'elle jouerait le rôle d'une femme forte et décidée, dans cette étrange pièce de théâtre improvisée.
Il n'était pas d'Ingary, à cause de la délicate forme en amande de ses yeux. Leurs pupilles, elles étaient trompeuses avec cette hétérochromie pour le moins rare – voir mystérieuse. Mais, qui était elle pour juger sur le physique ? Avec ses cheveux blancs, ses yeux jaunes et surtout, les bandages qui courraient le long de son corps. Sybile reporta son attention ailleurs, évaluant les possibilités d'échappatoire, au cas où, la situation tournerait en sa défaveur. Une ouverture se présentait à droite, mais elle ignorait combien il pouvait être réactif. C'était un pari risqué. Mais sa vie n'était qu'une suite de choses aléatoires.

« Désolée pour le coup de botte. Vous pourriez me la rendre ? J'aurais l'air stupide avec une seule chaussure. Et puis, claudiquer c'est pas bon pour les hanches. Enfin, c'est ce qu'on m'a toujours dit !» commença-t-elle d'une voix aussi chantante que le rossignol, dans la langue commune, malgré la crainte qui agitait frénétiquement son cœur.

Enfilant son costume innocent, Sybile se pencha un peu, observant les mains de l'inconnu : aucune botte en vue. Elle fronça les sourcils en faisant une moue enfantine. Puis, elle repéra son bien, derrière lui. Avec un aplomb qui la surprit elle-même, elle s'avança vers sa chaussure, en le bousculant légèrement, mais sans violence. Une manière de lui montrer à tout prix qu'elle n'avait pas peur. Ni de lui, ni de la forêt.
Elle se laissa tombée dans la mousse et se saisit du cuir rugueux et informe, avant d'enfiler la chose à son bien. Elle était toujours trop grande et sa jambe, un peu maigre, flottait dedans.

« Vous être Honshu personne ? » le questionna-t-elle dans la langue de l'ouest. Elle ne parlait que quelques mots appris lors de ses voyages, mais son accent était bon, grâce aux efforts de Junna.

Cependant, elle se doutait bien que quelques mots dans sa langue ne suffirait pas à l'amadouer. Elle se releva d'un bond de chat et épousseta sa robe – ou plutôt sa chemise longue, elle était encore plus abîmée qu'avant. Il faudrait encore la rapiécer. Tant mieux, songea Sybile. Dans une attitude curieuse, elle s'approcha de lui. S'il avait voulu lui faire du mal, il lui en aurait déjà fait, non ?

« Vous êtes bûcheron ou quelque chose comme ça ? Moi, je me suis perdue en suivant la trace d'un animal. Je suis artiste itinérante, alors on a pas grand chose à se mettre sous la dent parfois. J'ai raté un petit lapin qui avait l'air super bon. Et je me suis retrouvée ici, et j'ai vu des Sylvains, alors, j'ai perdu la notion du temps. Ils sont adorables. » affirma-t-elle en se penchant vers l'une des petites créatures qui s'était approché – et elle ne savait pourquoi, de l'inconnu.

«Je chante et danse plein d'histoires à leur sujet, mais c'est la première fois qu'en vois ! » continua-t-elle sans lui laisser le temps de répondre.
Le noyer sous les mots étaient une technique pour l'ennuyer, lui faire perdre l'envie de s'en prendre à elle. Parfois, c'était le cas inverse, mais la plupart du temps en voyant le moulin à paroles qu'elle pouvait être, les gens se décourageaient de peur d'être coincé pendant un temps significatif en sa présence.

« Vous étiez venu chercher de l'eau ? Vous campez pas loin ? Vous êtes seul ? » enchaîna-t-elle tout en s'éloignant doucement.
Quelque chose était sûre, ce n'était pas un esprit ou un kami : il ne sentait pas l'odeur de Junna sur elle, qui d'ordinaire la protégeait des mauvaises intentions de ses congénères. Il était un humain, comme lui et donc bien plus dangereux et bien plus cruel à des égards.
Soudain, elle vit l'occasion de prendre congé, alors, au détour d'une question, la jeune femme fila. Ses jambes se délièrent et elle se mit à courir, aussi vite qu'elle le pouvait. Il ne prendrait sans doute pas le soin de la poursuivre. Dommage, car, malgré les circonstances déplaisantes, il était bel homme. Son cœur battait la chamade, de peur, d'angoisse mais aussi d'excitation : cela faisait bien longtemps qu'elle ne s'était pas autant amusée. Son sang était en feu. Un brasier délicieux et intrépide s'écoulait en elle irrévocablement.
Sa chevelure couleur de lune se détacha et lui fouetta le visage, mais aussi le dos tandis qu'un léger filet de sueur commença à perler sur son front. Mais, un détail la frappa : peu importe où elle allait, les Sylvains la suivaient. Sa gorge se serra, mais elle ne s'arrêta pas pour autant. Pour rester en vie, Sybile oserait même défier le Dieu de la forêt, si tel était son destin.
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Haji
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MessageSujet: Re: Rencontre crépusculaire - PV Haji   Mer 12 Sep - 22:46

Il s’attend à tout, habitué aux frasques des esprits et autres créatures invraisemblables. La vie ici est une remise en question constante de ce qui peut et ne peut pas être. Quelque chose d’inconnu, de nouveau, peut-être un danger.

Il s’attend à tout. Mais rien ne l’a préparé à cette vision d’une jeune femme rejoignant le sol dans un bruit léger pour aussitôt planter ses yeux dans les siens.

La vision le rend muet. Il fronce le nez, plisse les paupières en penchant légèrement la tête pour garder ses prunelles rivées aux siennes. Non, vraiment, il ne l’a pas vu venir, et la surprise laisse rapidement place à un éclat de rire incrédule aussitôt étouffé sous une mimique faussement sérieuse. Il penche la tête en l’écoutant, peine à retenir le sourire qui danse sur ses lèvres.

« C’est ça que les esprits m’envoient ce soir ? Eh bien, je m’attendais à quelque chose de plus… conséquent. » Son hilarité lui illumine toujours les yeux, et il se met à tourner autour de l’imprudente à pas mesurés, jetant des coups d’œil curieux tantôt à ses bandages, tantôt à ses yeux qui l’attirent irrésistiblement.

Elle ne cesse de parler, de l’interroger, et cette avalanche soudaine de sons humains l’étourdit quelque peu. Il se passe une main sur le crâne, avant de prendre une profonde inspiration. Si elle n’a pas l’air dangereux, elle n’en reste pas moins une intruse, et si l’histoire du lapin et de la traque ratée peut paraître crédible, Haji ne sait pas encore s’il est disposé à lui faire confiance.

Il la laisse s’éloigner sans lui avoir répondu, charmé par la voix qui ne cesse d’endormir sa méfiance, cherchant encore en lui-même de quoi formuler des réponses à toutes ces interrogations.

C’est qu’il n’a plus l’habitude des longs discours, et que l’intérêt des grandes conversations lui échappe. Il n’est pas bon de trop se dévoiler, d’offrir à l’ennemi potentiel de quoi creuser les faiblesses avouées. Pourtant, il a relâché sa prise sur son arc, qui pend lâchement le long de sa hanche, à peine retenu du bout des doigts.

Il ne se sent pas menacé. Et l’effet de surprise une fois passé a cessé de ternir son assurance. Il la regarde prendre le large sans vraiment réagir, avant de réaliser qu’elle essaye de lui fausser compagnie.

Le sourire qu’il retient toujours fleurit, lui relève les commissures, et il s’élance à sa suite, à la fois amusé par la course poursuite improvisée et inquiet de la perte de temps supplémentaire qu’elle occasionne.

Tant pis, décide-t-il tout en suivant la piste que les sylvains tracent droit devant lui. Des alliées capricieux, les sylvains, et s’il ne se guidait pas autant aux bruits que fait la fuyarde qu’à la traînée blafarde que laissent les créatures luminescentes, il douterait presque de pouvoir la retrouver.

L’instinct est primordial ici, et quiconque enclenche la fuite hérite du statut de proie. Une leçon qu’il lui faudra apprendre à l’inconnue, avant qu’elle n’en fasse l’expérience elle-même, avec un prédateur bien plus dangereux aux trousses.

Il la rattrape finalement,  et lance d’un timbre à peine essoufflé par la course en la dépassant pour se poster juste devant elle et arrêter sa course, quitte à se faire percuter.

« Stop. » Sa voix est plus amicale, mais une note de sarcasme s’en écoule quand même lorsqu’il ajoute, les sourcils exagérément froncés et l’air faussement innocent

« Ce n’est pas poli de s’enfuir comme ça. Est-ce que j’ai l’air d’un assassin ? »

» Il s’approche lentement, abaissant son arc à mesure qu’il brise la courte distance les séparant encore. Le but n’est pas de l’effrayer davantage, mais bien de la décider à rester, à parler, à lui faire part des raisons qui l’ont menée ici.

« Je ne te veux aucun mal, pour le moment du moins. » lâche-t-il avec son honnêteté caractéristique. Pas de promesse vaine. Juste une réalité crue qu’il lui offre comme un présent. Avec l’aplomb de ceux qui ont depuis longtemps perdu le gout des manières si chères aux hommes.

« Tu veux bien rester ? » Il la frôle presque, s’amuse, maintenant qu’il l’a rattrapée, de la crainte qu’il a pu lui causer. Les humains sont pleutres, si pleutres, et pourtant, celle-ci dégage quelque chose de plus que ses semblables. Est-elle seulement humaine ? Il n’a pas réfléchit plus loin que son apparence, certes inhabituelle, mais pas inenvisageable non plus, sachant les artifices auxquels les hommes peuvent recourir pour camoufler leur nature.

Il laisse l’arc tomber l'arc au sol, fait le tour de la jeune femme pour revenir se poster face à elle, et demande, le ton de sa voix venant contrer l’absurdité de la question.

« Tes yeux. Ce sont des vrais ? Et tes cheveux ? Ils sont naturellement de cette couleur ? » Il pointe le ciel du doigt, caché par les arbres, et ajoute avec un brin d’ironie

« Tu vas me dire que la lune est ta mère et que c’est elle qui t’a guidée jusque-ici ? » On lui en a déjà raconté, des histoires de ce genre. Il se tait, inspire l’air nocturne avec plaisir, sans oublier qu’il ne doit pas tarder à se débarrasser de la jeune femme. « Ton nom, c’est quoi ? T’es pas d’ici hein ? » demande-t-il encore, sur un ton plus proche de l’affirmation que de l’interrogation.
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Sybile
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MessageSujet: Re: Rencontre crépusculaire - PV Haji   Jeu 13 Sep - 11:43

La mousse pousse toujours au nord, lui avait-on dit. Et au nord, se trouve Junna, se trouve la liberté et une solution pour échapper à cette situation qui ne lui semblait pas des plus confortables. Rapide, souple, Sybile n'avait pas de mal à éviter les obstacles. Elle ne se souciait guère des petits désagréments, comme les ronces : une cicatrice de plus ou de moins, ne faisait que peu de différence pour elle. D'un œil inquiet, elle jeta quelques regards en arrière, pour s'assurer que personne n'était sur sa trace, mais malheureusement, l'inconnu état toujours là, fantomatique sous la lune et mystérieusement à l'aise dans cette végétation.
Finalement, la fuite ne dura pas. Peut-être en avait-il assez. Peut-être avait-elle cessé d’accélérer la cadence. Peu importait les raisons, le résultat était le même : il avait réussi à la rattraper et pire, encore, se placer devant elle. La pointe luisante d'une flèche encochée la dissuada de ne pas obéir. Sybile s'arrêta net. Sa respiration soulevait avec violence sa carcasse. Lui, ne semblait pas fatigué par cette folle cavalcade. Elle le regarda, d'un œil inquisiteur : allait-il oser lui tirer dessus ?

Mais la pointe assassine se baissa doucement tandis qu'il prenait la parole. L'impolitesse était avant tout de mourir, songea-t-elle caustiquement en réponse à sa remarque, mais étrangement, son corps se détendit également. Ils étaient à présent, si proches et si loin. Tous les détails de son visage étaient à porté d'yeux. Il était à présent évident qu'il était d'Honshu. Un tatouage semblait courir sur sa gorge, mais Sybile ne pouvait réellement déterminer la chose, le motif n'était pas assez visible.
Il lui annonça qu'il n'avait pas l'intention de lui faire du mal. Ou tout au moins pour un temps limité. Parfait, elle était irrévocablement douée pour gagner du temps, mais la première technique employée pour se faire, ne fonctionnerait probablement plus. Il avait dans le regard, un éclat d'intelligence et de curiosité, que l'on ne pouvait guère tromper. Mais, il y avait également, dans ces pupilles, une sincérité qu'elle avait rarement vue chez les autres humains. Alors, elle baissa complètement sa garde et, d'elle-même, réduisit encore la distance qui les séparait, en effectuant un pas – symbolique, vers lui.

Leurs corps se touchèrent presque, lorsqu'il lui demanda de rester. Leurs chaleurs se frôlèrent, sans pour autant se mélanger, une étrange dichotomie. L'arc tomba dans les herbes folles, écrasant une campanule sauvage. Alors qu'il faisait le tour de sa personne, elle ne le lâcha pas du regard. Tout comme lui, elle l'étudiait. Puis, des questions un peu étrange fusent : ces cheveux couleurs d'argents sont-ils naturels ? Ces deux ambres fichées dans ses pupilles, sont-elles vraies ? Les manières de l'inconnu étaient brusques, mais étonnamment rafraîchissantes, et même si son cerveau lui disait de craindre, de fuir ; son cœur lui, faisait déjà confiance, sans doute à tort. Une bonne vingtaine de centimètres séparaient leurs regards et pourtant, elle ne faiblissait pas.

« Ma mère est une pauvre chose, captive volontaire d'un monstre. Elle n'a pas pu me guider jusqu'ici. La faim et la curiosité s'en sont chargées. » répondit-elle avec un aplomb qui lui n'était pas familier.
Avec lenteur, elle effectua la même danse indiscrète que lui. Observant son interlocuteur, découvrant sa silhouette fine, mais musclée. Cela faisait sans doute, de nombreuses années, qu'il parcourait cette forêt : elle avait bâti son corps. Il semblait avoir la trentaine, son visage avait perdu toutes les rondeurs de l'enfance et portait dans ses traits, la masculinité d'une personne mature.

« Mes cheveux, mes yeux, ils ont toujours été comme ça. Tu veux vérifier ? » demanda-t-elle d'une voix pleine de défis, en se plantant devant lui, encore un peu plus près qu'avant, après sa ronde d'observation. Elle lui tendit une mèche de cheveux blancs, un peu enroulée sur elle-même.
« Mais, si je peux me permettre, ton regard, tes cheveux, ils ne sont pas communs, non plus, surtout pour un habitant d'Honshu. » un test, pour savoir s'il était un habile menteur, s'il s'ouvrait à elle. Sybile retira sa mèche avant même qu'il ait pu décider de la toucher.

« Je resterai si tu me donnes à manger. Sinon, je m'en vais. » La condition semblait bien puérile, mais, à la vue de sa silhouette un peu trop maigre, on pouvait facilement deviner que la nourriture n'était pas un sujet de plaisanterie. Lorsqu'un lapin – trop, maigre était la clef de votre survie, il ne fallait pas hésiter à avoir du culot.

« Tu vis près d'ici ? » demanda-t-elle d'une voix un peu incisive, après tout, elle ne devait pas être la seule à distillé de précieuses informations.

Elle planta son regard dans le sien, comme elle avait planté son corps dans le sol : solidement. Elle n'avait pas envie de se laisser déstabilisé par quelques manières un peu étranges. Certains sylvains l'imitaient, leur visage blanc comme la lune, claquant. Un sourire se mit à éclore sur son visage et elle ne sut retenir un petit rire. Elle se pencha vers un des petits êtres, qui fit mine d'être gêné avant de disparaître.

« Je suis Sybile. Et toi ? » finit-elle par dire, d'une voix un peu plus douce et naturelle.
Elle croisa ensuite ses jambes, un peu embrassée de telle présentations. Mais, c'était la norme, non ? Donner un nom, poser une question pour en avoir un. En tout cas, c'était ce que Junna avait tenté de lui apprendre. La renarde n'était pas encore là, elle n'avait pas dû sentir de danger venant de la forêt.

« Tu es humain, comme moi ? » demanda-t-elle en jouant nerveusement avant le bas de sa robe-courte.
« Pourquoi est-ce que les sylvains te collent comme ça ? » son sourcil, levé, dans une expression interrogatrice, lui donnait un drôle d'air.

Finalement, elle poussa un soupir et se retourna vers l'endroit qu'elle avait désespérément chercher à fuir. D'un pas plus lent elle se mit à marcher. Il comprendrait sans doute le message, et si ce n'était pas le cas, les borborygmes de son estomac se chargeaient de confirmer l'histoire que sa langue et son apparence avait raconté.

« Tu es... Loin de chez-toi, pour quelqu'un qui vit en Honshu. On est presque en Ingary. Tu voyages, toi aussi ? »
Le silence était un ennemi qu'elle essayait de battre, pour masquer les peurs qu'elle continuait à éprouver, malgré l'apparent pacifisme de l'inconnu.
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